Pierre, le maraicher de montagne

textes Mélanie Tisné-Versailles
photographies Thomas Salva

22 mars 2022

« Personne ne s’intéresse au maraichage, les légumes, ça ne rapporte pas assez. Mais il faudra bien que ça change si on veut arrêter de manger des légumes de grandes surfaces, sans vie et sans apports nutritionnels. »

C’est au cœur des Pyrénées Ariégeoises, dans le Couserans, que l’on peut rencontrer Pierre, un maraicher engagé, passionné et passionnant. Pierre s’est lancé dans le maraichage en 2007. Autodidacte, sa culture poursuit un principe simple : être en harmonie parfaite avec sa terre.

Pierre, le maraicher de montagne

Harmonie avec le paysage : appropriation de l’espace

Pour pratiquer du maraichage en montagne, il faut avoir le cœur bien accroché. Pierre doit s’adapter sans cesse à cet écosystème spécifique. Les conditions climatiques sont parfois extrêmes : la puissance d’une tempête en altitude est beaucoup plus importante qu’en plaine, ne laissant pas beaucoup de chance aux semis récemment plantés.

Les animaux sauvages sont aussi très gourmands. Les biches ont fait la semaine dernière un festin avec les jeunes pousses de poireaux.

Mais Pierre ne baisse pas les bras. Ici, c’est l’homme qui doit s’adapter à l’écosystème et non l’inverse, et c’est ce qui lui plait.

Pierre, le maraicher de montagne, portrait
Pierre, le maraicher de montagne

Harmonie avec la nature : fabrication d’humus et de purin d’ortie

Toute sa démarche consiste à utiliser les ressources que lui fournit la montagne pour apporter la nourriture nécessaire à la poussée de ses légumes.

L’hiver, Pierre ramasse de grandes quantités de feuilles (environ 10 m3 !) qui seront transformées ensuite en humus. Au printemps, il entoure ses plants avec cet humus qui apporte fraîcheur et protection aux futurs légumes.

Grâce à cette méthode, le sol demeure humide la majeure partie du temps, lui permettant d’économiser jusqu’à 60% d’eau par rapport à un maraichage classique selon lui. La présence de la rivière sur ces terres apporte aussi une fraîcheur naturelle.

« Dans mon métier, on dit souvent que les tomates, ça pousse les pieds dans l’eau et la tête au soleil » Nous confie-t-il. « Mais on voit bien qu’en faisant l’inverse, les résultats en sont meilleurs. Mes légumes sont beaucoup plus robustes. Ma salade peut se garder 8 jours sans problème et mes tomates sont très charnues. Mes légumes, je les soigne tous les jours, je leur mets de la musique mais pas trop et pas n’importe laquelle, je leur parle. Ça les stimule, ça les rend vigoureux et plein de vie ».

Pierre fabrique également son purin d’ortie, un extrait végétal obtenu par la fermentation de la plante dans l’eau froide. C’est une plante bénéfique pour le jardin, qui offre deux usages essentiels. Riche en azote, c’est tout d’abord un engrais efficace, qui stimule la croissance des plantes et les renforce contre certaines maladies. Il présente aussi un caractère répulsif face aux pucerons et aux acariens.

Pierre, le maraicher de montagne, serre

Un homme libre et éminemment progressiste

Pierre essaye de limiter au maximum l’utilisation du pétrole. Il a investi dans des machines GéoTrouveTout (inventions, bidouillages lowtech créatifs et très fonctionnels) : un arracheur de Patates, un semoir manuel et une planteuse de plants.

Ces trois inventions lui permettent de gagner un temps considérable et de limiter la pénibilité d’un travail manuel

Pierre, le maraicher de montagne

Mise à disposition de frigos partagés

Précurseur de ce système d’approvisionnement innovant, Pierre a implanté dans sa commune des frigos en libre-service, 24 heures sur 24, dans le but de vendre sans vendeurs. Son principe repose sur la confiance en l’honnêteté des gens… Chacun prend ses légumes dans le frigo et met dans une enveloppe le prix indiqué.

Cette expérimentation lui démontre cependant que tout le monde ne se rend pas compte de la pénibilité de son métier.

« Lorsqu’une personne ne joue pas le jeu, elle ne se rend pas compte du temps et du travail que cela prend pour faire pousser une seule salade que je vends 1,20 euros. Avant de vendre mes légumes, j’ai d’abord réalisé mon semi, fait du repiquage, planté et récolté. »

Pierre, le maraicher de montagne, plantations
Pierre, le maraicher de montagne, portrait

Repenser la place des paysans dans la société

Pierre déplore le faible intérêt pour son métier, alors qu’il devrait être au centre des priorités politiques.

Autrefois, nous raconte-t-il, « les collines devant vous n’étaient que des jardins. Chacun cultivait sa terre pour nourrir sa famille. Aujourd’hui, les granges et les fermes se transforment en maisons secondaires, ces lieux ne sont habités qu’un ou deux mois dans l’année ».

« Personne ne s’intéresse au maraichage, les légumes, ça ne rapporte pas assez. Mais il faudra bien que ça change si on veut arrêter de manger des légumes de grandes surfaces, sans vie et sans apports nutritionnels. »

Mais Pierre ne perd pas espoir que la nouvelle génération se réveille et vienne gonfler les rangs de ses précurseurs.

Pierre, le maraicher de montagne
Pierre, le maraicher de montagne
Pierre, le maraicher de montagne
Pierre, le maraicher de montagne

Un principe : la biodynamie

Sa philosophie peut sembler « vieille école », mais Pierre crée son propre écosystème qui est autonome, durable, et résilient. Il met en place ce que l’on appelle « l’agriculture biodynamique », c’est-à-dire qu’il recycle de la matière organique et la transforme.

Ce concept a pour objectif l’optimisation des cultures plutôt que leur maximisation, ce qui permet à son agriculture d’être capable d’affronter des crises tel que le changement climatique, les pénuries d’eau, de pétrole ou d’électricité.

La particularité de la biodynamie est son caractère ésotérique, car une grande importance est donnée aux rythmes de la nature et à l’influence des astres.

Pierre, le maraicher de montagne
Pierre, le maraicher de montagne

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