Manu, 19 vaches, 1 taureau et du fromage bio

textes Mélanie Tisné-Versailles
photographies Thomas Salva

2 mars 2022

Dans la vallée du Couseran, dans les Pyrénées Ariégeoises, Dora, Inès, Heïdi et compagnie partagent leurs vies avec un seul mâle, Nanar le Taureau.

Un melting pot parfait : des vaches de race Suisse qui produisent un lait riche en protéines, des Abondances et Montbéliardes pour plus de matières grasses… le résultat ? Le fromage de Manu, extraordinaire !

Portrait de Manu
Manu traite ses vaches
Manu et ses vaches
Vache dans l'étable de Manu
Vaches dans l'étable de Manu

Une ferme familiale

Dans sa ferme familiale sur 30 hectares, Emmanuel, dit Manu pour les intimes, est arrivé d’Allemagne quand il avait 4 ans avec ses parents, pour fuir l’industrialisation.

Aujourd’hui, il y est installé avec sa famille : sa femme Rose-Marie et ses deux adolescents.

Tous les jours, Manu nettoie l’étable, traie ses vaches en leur faisant écouter de la musique, les amène au pré, fabrique son fromage avec du levain fait maison, réalise son affinage et organise sa ferme d’une main de maître. En hiver, lorsque les vaches se reposent, Manu s’active à aménager des espaces, rénover des bâtiments et couper du bois, faire de la charpente.

La vue d’ici est époustouflante, on domine la vallée de La Bélongue, qui est la moins polluée de toute l’Ariège.

Manu sort ses vaches
Vache dans la nature
Manu sort ses vaches
Manu sort ses vaches

Maitriser toute la chaine de production

La douceur de Manu nous ferait oublier toutes les contraintes et labeur de son métier : des normes toujours aussi restrictives, le prix du lait au litre dérisoire, être toujours présent sur l’exploitation, des horaires à rallonge, trop peu de temps libre pour autant de travail.

Produire en bio est pour lui une évidence afin de rester en harmonie avec la terre qui l’entoure. La certification est un coût non négligeable (700 euros par an) mais assure à ses clients la qualité de son travail.

Produire le plus naturellement possible tout en respectant l’animal est son Leitmotiv. Il y a quelques années, l’insémination des vaches se faisait artificiellement. Aujourd’hui, il laisse la nature faire les choses. La saillie (accouplement des animaux) a lieu sans intervention humaine et s’étalonne dans le temps.

Si Manu ne produisait pas son fromage et se contentait seulement de vendre son lait, il réaliserait 25 000 euros de Chiffres d’Affaires, ce qui ne lui permettrait même pas de couvrir les coûts !

C’est en maîtrisant l’ensemble de la chaîne de production : élevage, production de fromage, affinage, vente aux marchés, restaurant et épicerie, que Manu peut joindre les deux bouts.

Il n’est pas étonnant de voir qu’entre 1990 et 2018, la population active agricole a été divisée par deux en France et peine à se renouveler. On comptera encore un quart d’agriculteurs en moins d’ici une dizaine d’années si rien n’est fait.*

Aujourd’hui, 80 % du commerce mondial des produits alimentaires est contrôlé par 5 sociétés multinationales.*

Il est grand temps de repenser la manière dont la nourriture façonne nos vies, de soutenir nos producteurs en achetant leurs produits et de les rétribuer au juste prix.

 

* Source : Les Greniers d’Abondance (2020) Vers la résilience alimentaire. Faire face aux menaces globales à l’échelle territoriale. Première édition, 175 pages.

Manu se rpépare à fabriquer le fromage
Manu fabrique le fromage
Fabrication du fromage
Manu fabrique le fromage
Fromage fabriqué par Manu
Affinage du fromage

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